Manaslu 2026 : l’engagement jusqu’au bout, la montagne pour dernier mot
Certaines expéditions marquent autant par ce qu’elles nous demandent que par l’altitude atteinte. Notre tentative au Manaslu, à l’automne 2026, restera l’un des moments les plus forts de mon année de guide. Une aventure faite d’espoir, d’efforts et de solidarité, face à une montagne qui, cette fois, nous a fermé le passage.
Avec Clémence, Adrien, Émric, Jeff et Thibaut, nous étions partis au Népal pour tenter l’ascension de ce géant de l’Himalaya. À 8 163 mètres, le Manaslu impose toute la mesure d’une expédition sur un sommet de plus de 8 000 mètres : une préparation longue, une acclimatation rigoureuse et une disponibilité permanente pour s’adapter aux conditions.
J’avais déjà eu la chance d’en atteindre le sommet. J’y revenais avec l’expérience de cette première ascension et l’envie de partager cette montagne avec une nouvelle équipe. Mais sur un tel sommet, aucune expérience passée ne garantit le passage.
Une équipe prête, un projet construit avec soin
Tout avait commencé dans de bonnes conditions. Nous avions suivi notre progression d’acclimatation, pris le temps nécessaire et réalisé les étapes prévues. Le groupe était en forme, motivé, et le calendrier nous permettait d’envisager la suite avec confiance.
Cette préparation représente une part essentielle d’une expédition. Pendant des semaines, chacun apprend à vivre et à évoluer en altitude, à gérer ses efforts et à récupérer. Peu à peu, le projet devient concret. Le sommet se rapproche dans les esprits, et l’équipe se construit autour de cet objectif commun.
Nous avions fait ce travail. Restait à trouver les conditions qui nous permettraient d’aller plus haut.
La neige referme la montagne
Les épisodes neigeux se sont alors succédé, compromettant notre première tentative puis réduisant progressivement nos possibilités. Chaque nouvelle chute de neige venait alourdir le bilan des précédentes.
Nous avons continué à observer, à réévaluer la situation et à chercher une possibilité de progression. Nous sommes montés aussi haut que les conditions nous le permettaient, avec la volonté de donner toutes ses chances à l’expédition.
Mais les accumulations et l’instabilité du manteau neigeux imposaient une limite. Les dangers liés à la nivologie devenaient déterminants et, dans les conditions rencontrées, ouvrir une trace vers les altitudes supérieures à 7 000 mètres n’était plus raisonnablement envisageable.
Il fallait redescendre.
Cette décision est difficile lorsque le groupe est prêt, que l’envie demeure et que tant d’efforts ont déjà été engagés. Pourtant, la forme physique et la détermination ne peuvent pas compenser un manteau neigeux dangereux. Mon rôle de guide était aussi de reconnaître ce moment et d’en tirer les conséquences.
Tenir ensemble jusqu’à la décision finale
Nous sommes restés jusqu’aux derniers jours de notre tentative, alors que la montagne se vidait progressivement de ses équipes. Nous avons attendu, espéré et examiné les possibilités qui subsistaient, jusqu’à devoir accepter qu’aucune ne nous offrait les marges nécessaires.
Je retiens surtout le courage de Clémence, Adrien, Émric, Jeff et Thibaut. Leur patience dans l’incertitude, leur abnégation dans l’effort et leur engagement ont donné toute sa force à cette aventure.
Continuer à se mobiliser après plusieurs déceptions demande beaucoup. Accepter ensuite de redescendre, alors que l’on se sent encore capable d’avancer, exige une autre forme de courage. Je leur suis profondément reconnaissant pour leur confiance et pour la façon dont nous avons traversé cette épreuve ensemble.
Nous n’avons pas atteint le sommet. La déception est réelle, à la hauteur de ce que chacun avait investi dans ce projet. Mais elle n’efface ni le chemin parcouru ni la valeur des moments partagés sur cette montagne.
Une tentative qui restera
Le Manaslu m’a rappelé qu’un sommet déjà gravi reste une montagne à rencontrer de nouveau, avec ses conditions du moment et ses propres exigences. Cette année, nous avions l’équipe, la préparation et l’envie. La montagne ne nous a pas laissé passer.
Cette tentative restera pourtant l’un de mes souvenirs les plus marquants de 2026. Pour l’intensité de l’engagement, pour la cohésion du groupe et pour cette volonté commune d’aller au bout de ce qui était possible.
L’envie de revenir est là. Avec le même respect pour ce sommet, et la conscience renouvelée qu’une ascension à plus de 8 000 mètres ne s’obtient jamais de droit.
J’ai rédigé un rapport nivologique détaillé sur les conditions observées et les éléments qui ont conduit à notre décision de renoncer. Je le partage volontiers avec les personnes intéressées : vous pouvez me contacter à Yorick-vion@hotmail.fr.







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